Kagame attendu à Kinshasa, mais sans beaucoup d'options

Attendu lundi à Kinshasa à la tête d'une délégation de l'Union africaine (UA), le président rwandais Paul Kagame se retrouve sur la défensive après la proclamation de Félix Tshisekedi comme président de la RDC, un pays qui le voit avec la plus grande des suspicions.

Dans la nuit de samedi à dimanche, la Cour constitutionnelle a passé outre à l'appel de l'UA à surseoir à la proclamation définitive des résultats de la présidentielle du 30 décembre, en rejetant le recours de Martin Fayulu et en validant la victoire de M. Tshisekedi, un autre opposant.

C'est un affront pour M. Kagame. Président en exercice de l'UA, celui-ci avait initié la réunion de jeudi à Addis Abeba, où la "suspension" de la proclamation des résultats définitifs avait été demandée, en raison des "doutes sérieux" pesant sur ceux annoncés par la Commission électorale (Céni).

L'UA avait aussi annoncé l'envoi à Kinshasa d'une délégation menée par M. Kagame et le président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki. La dernière visite du chef de l'État rwandais dans la capitale congolaise remonte à 2010, pour le cinquantenaire de l'indépendance.

Selon l'hebdomadaire Jeune Afrique, M. Kagame comptait laisser au président congolais sortant Joseph Kabila le choix entre un recomptage des voix, qui aurait certainement été favorable à M. Fayulu, ou une nouvelle élection à laquelle ses grands rivaux Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi auraient cette fois-ci été autorisés à participer.

Mais après l'annonce de la Cour constitutionnelle, cette alternative ne semble plus de mise. Pris de vitesse, M. Kagame, qui pourrait être accompagné des chefs d'État sud-africain Cyril Ramaphosa, angolais Joao Lourenço, namibien Hage Geingob et tchadien Idriss Déby, est sans beaucoup d'options.

Cette délégation osera-t-elle maintenir la pression sur M. Kabila, en menaçant par exemple de ne pas reconnaître M. Tshisekedi comme président légitime, comme l'a demandé à la communauté internationale M. Fayulu ?

Celui-ci a dénoncé un "putsch électoral" du président sortant avec la "complicité" de M. Tshisekedi et revendiqué la victoire avec 61% des voix. Il accuse MM. Kabila et Tshisekedi d'avoir noué un accord par lequel le second s'est engagé à préserver les intérêts politiques et financiers du premier.

Pour beaucoup en RDC, la décision de l'UA de dépêcher M. Kagame a été perçue comme une provocation, en raison de son rôle passé dans leur pays. Nombre de Congolais ont également dénoncé les leçons de démocratie d'un homme réélu avec 98% des voix en 2017.

"En dépêchant le président Kagame pour résoudre la crise électorale congolaise, l'Union africaine annonce-t-elle l'imminence de la troisième guerre en République démocratique du Congo?", s'est interrogé auprès de l'AFP le caricaturiste Thembo Kash.

'Le pyromane joue au sapeur-pompier'

Pour lui, M. Kagame "incarne les agressions répétées de la RDC" et sa venue devrait susciter l'hostilité de la population, qui ne souhaite pas voir "le pyromane jouer au sapeur-pompier".

La RDC et le Rwanda entretiennent des relations complexes depuis le génocide de 1994 au Rwanda, qui fit 800.000 morts selon l'ONU. En 1996-1997, M. Kagame a soutenu le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président, lorsqu'il a renversé le vieux maréchal Mobutu Sese Seko, au pouvoir depuis 1965.

En 1998, M. Kabila a coupé les ponts avec le Rwanda. Kigali est alors intervenu une nouvelle fois en RDC lors de la deuxième guerre régionale (1998-2003), disant vouloir pourchasser les rebelles hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), considérés comme des génocidaires.

Puis entre 2007 et 2013, Kigali a été accusé de soutenir deux rébellions, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le Mouvement du 23 mars (M23), dans la région du Kivu, située dans l'est de la RDC près de la frontière rwandaise.

En février 2018, des accrochages ont eu lieu entre les armées des deux pays à leur frontière. Pour les Congolais, le Rwanda n'a cessé depuis 25 ans de chercher à étendre son espace vital et à s'approprier les richesses minières (or, coltan...) du Kivu.

Conscient de ce passif, M. Kagame a veillé à ne pas s'exprimer publiquement sur les élections en RDC. Mais le temps pressant pour lui - il cessera d'être président de l'UA le 10 février, et son successeur, l'Egyptien Abdel Fattah Al-Sissi, est sur une ligne bien moins interventionniste -, il a tenté une dernière manoeuvre avec l'envoi de cette délégation.

Le Rwanda, comme l'Angola et l'Ouganda, craint avant tout qu'une instabilité en RDC se propage à ses frontières. Mais si le calme actuel persistait, M. Kabila pourrait peut-être convaincre ses pairs, lassés de le voir s'accrocher au pouvoir, que la victoire de M. Tshisekedi est un moindre mal.

Pour Me Pascal Kambale, ancien directeur en RDC de l'Institut pour une société ouverte en Afrique australe (Osisa), l'UA cherche moins à promouvoir la démocratie en RDC qu'à résoudre la crise sans interférences des Européens ou des Américains.

"Kagame et les autres ne peuvent pas créer un précédent qui va les desservir à plus ou moins brève échéance, en favorisant l'émergence d'une vraie démocratie en RDC", pense-t-il.

AFP

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